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Sur les bons anges

No. 71 – Sur les bons anges
Hébreux 1,14
1783

Tous droits réservés.
Édition numérique © cmft, octobre 2017



« Ne sont-ils pas tous des esprits destinés à servir et qui sont envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent avoir l’héritage du salut ? » (Hébreux 1,14)


1. Beaucoup d’anciens païens avaient (probablement par tradition) des notions sur les bons et les mauvais anges. Ils avaient quelque idée d’un ordre d’êtres supérieurs, entre les hommes et Dieu, auxquels les Grecs donnaient généralement le nom de démons, et les Romains, celui de génies. Ils supposaient que quelques-uns d’entre eux étaient bons, bienfaisants, trouvant du plaisir à faire le bien ; et que d’autres étaient méchants et cruels, se plaisant à faire le mal. Mais leurs idées sur les uns et les autres étaient fausses, imparfaites et confuses : ce n’étaient que des fragments de la vérité, qui leur avaient été en partie transmis par leurs ancêtres, et qu’ils avaient en partie empruntés des écrivains inspirés.

2. Le célèbre démon de Socrate paraît avoir fait partie des premiers, de l’espèce bienfaisante ; sur lequel tant de conjectures différentes ont été faites dans les siècles suivants. « Celui-ci », dit-il, « m’informe, chaque matin, du mal qui doit m’arriver dans la journée. » Un auteur moderne (je présume que c’était un de ces hommes qui doutent de tant des anges que des esprits), a, à la vérité, publié une dissertation, par laquelle il s’efforce de prouver que le démon de Socrate n’était que sa raison. Mais Socrate n’avait pas pour habitude de s’exprimer dans des termes aussi obscurs et aussi ambigus. S’il avait voulu parler de sa raison, il l’aurait sans doute dit. Mais telle ne pouvait pas avoir été son intention ; car il eût été impossible que sa raison l’instruisît, chaque matin, de tout le mal qui pouvait lui arriver dans la journée : ce n’est pas la fonction de la raison de donner de semblables informations concernant les probabilités futures. Cette étrange interprétation ne s’accorde pas non plus en aucune manière avec la conséquence qu’il en tire lui-même. « Mon démon », dit-il, « ne m’a pas instruit ce matin du mal qui devait m’arriver dans la journée ; c’est pourquoi je ne saurais considérer comme un mal, la sentence de mort que l’on a prononcée contre moi. » Certainement c’était quelque être spirituel : probablement un des esprits dont il est parlé dans mon texte.

3. Un ancien poète, qui vivait plusieurs siècles avant Socrate, parle de ce sujet d’une manière moins vague. Hésiode ne se fait aucun scrupule de dire : Des milliers d’êtres spirituels parcourent la terre, sans être aperçus. — C’est de là probablement que dérivèrent les contes nombreux des anciens, concernant les exploits de leurs demi-dieux. De là leurs satyres, leurs faunes, leurs nymphes de tous genres ; dont ils supposaient que la terre et la mer étaient remplies. Mais que les récits qu’ils en donnent sont vides de sens, puérils et peu satisfaisants ! et il est difficile qu’il n’en soit pas ainsi de récits qui ne reposent que sur des traditions tronquées et incertaines.

4. La révélation seule peut suppléer à ce défaut : elle seule nous fournit un récit clair, raisonnable et véridique sur ceux que nos yeux n’ont point vus et que nos oreilles n’ont point entendus, sur les bons et les mauvais anges. Mon but, maintenant, est de ne m’occuper que des premiers, dont nous avons une histoire suffisante, quoique brève dans ces mots : ‘Ne sont-ils pas tous des esprits destinés à servir, et qui sont envoyés pour exercer leur ministère en faveur de ceux qui doivent avoir l’héritage du salut ?’


I. 1. La question, telle qu’elle a été posée par l’Apôtre, équivaut à une forte affirmation. Et nous apprenons de là, d’abord, que quant à leur essence ou nature, ce sont tous des esprits ; non pas des créatures matérielles ; non pas des êtres chargés de chair et de sang comme nous ; mais qui ont des corps, si toutefois ils en ont, non grossiers et terrestres tels que les nôtres, mais d’une substance bien plus parfaite, semblable au feu et à la flamme, bien plus qu’aux autres éléments inférieurs d’ici-bas. Et ne peut-on pas tir cette conclusion de ces paroles du Psalmiste ? ‘Il fait des vents ses messagers, et du feu brûlant ses serviteurs.’ (Psaume 104 :4) Comme esprits, il les a doués d’intelligence, de volonté ou d’affections (lesquelles sont, en effet, la même chose : attendu que les affections ne sont que la volonté se manifestant de différentes manières), et de liberté. Or, l’intelligence, la volonté et la liberté ne sont-elles pas essentielles à un esprit, si elles n’en constituent même pas l’essence ?

2. Cependant qui peut, parmi les enfants des hommes, comprendre ce que c’est que l’intelligence d’un ange ? Qui peut concevoir jusqu’où s’étend leur vue ? Elle peut, à la vérité, être analogue à celle des hommes, mais non lui ressembler ; mais nous sommes forcés de nous exprimer cette manière, vu la pauvreté du langage humain. Probablement elle ne s’étend pas seulement sur un hémisphère du globe ou sur un espace comprenant dix fois la longueur de la terre, ou même sur le système solaire tout entier ; mais tellement loin qu’elle peut embrasser d’un seul coup-d’œil, toute l’étendue de la création. Nous ne pouvons aussi concevoir ni défaut dans leur perception, ni erreur dans leur intelligence. Mais quel usage font-ils de leur intelligence ? Nous ne devons nullement nous imaginer qu’ils se traînent d’une vérité à une autre par cette voie lente que nous appelons raisonnement : il ne faut pas douter qu’ils ne saisissent d’un seul coup-d’œil toute vérité qui se présente à leur intelligence ; et ce avec toute la certitude et toute la clarté que nous autres mortels, nous concevons l’axiome le plus évident. Qui donc pourrait comprendre l’étendue de leur connaissance ? non-seulement de la nature, des attributs et des œuvres de Dieu, soit de la création, soit de la providence ; mais des circonstances, des actions, des paroles, des penchants, même des pensées de l’homme. Car, quoique ‘Dieu’ seul ‘connaisse les cœurs des hommes’, ainsi que les changements auxquels ils sont sujets, ‘dès le commencement du monde’ ; nous ne pouvons cependant douter que ces anges ne connaissent les cœurs de ceux qu’ils servent le plus directement. Mais encore ne pouvons-nous douter qu’ils ne connaissent les pensées qui s’élèvent au-dedans de nous en de certains temps particuliers. Qui pourrait les empêcher de s’en apercevoir dès qu’elles naissent en nous ? Ce n’est pas le voile léger de la chair et du sang. Pourrait-il intercepter la vue d’un esprit ? Non, les murailles les plus élevées n’entravent pas plus leur perspicacité, que le libre espace de l’air le plus pur. Ces êtres pénétrants peuvent donc lire nos pensées avec bien plus de facilité et bien plus parfaitement, dès qu’elles naissent en nous, que nous ne pouvons lire les pensées de l’homme sur sa physionomie ; vu qu’ils voient plus clairement les esprits auxquels ils sont alliés que nous ne pouvons voir les corps. Si cela paraît étrange à quiconque n’y a prêté aucune attention auparavant, qu’il fasse seulement la supposition que son esprit ait abandonné son corps, un ange ne pourrait-il pas alors apercevoir ses pensées, même sans qu’il prononce une seule parole ? (S’il est vrai que l’on fasse usage de la parole dans la région des esprits.) Et cet esprit destiné à servir ne pourrait-il les connaître tout aussi aisément, maintenant, que je suis dans ce corps ? C’est pourquoi, il parait que c’est une vérité qui ne peut être révoquée en doute, (quoiqu’elle n’ait peut-être pas été généralement remarquée), que les anges ne connaissent pas seulement les paroles et les actions de ceux qu’ils servent, mais aussi leurs pensées. Et, certes, sans cette connaissance, ils seraient bien peu propres à remplir certaines parties de leur ministère.

3. Et quel étonnant degré de sagesse ne doivent-ils pas avoir acquis, par l’usage de leurs facultés surprenantes, indépendamment de celle dont ils furent doués dans le principe, pendant le cours de plus de six mille ans ! (Nous pouvons être persuadés qu’ils existent depuis tant d’années ; car ils ‘chantèrent en chœur lorsque les fondements de la terre furent posés.’ Combien leur sagesse ne doit-elle pas s’être accrue pendant un aussi long espace de temps, non seulement par l’observation des cœurs et de la conduite des hommes dans leurs générations successives, mais encore par l’observation des œuvres de Dieu, des œuvres de la création, des œuvres de la providence, des œuvres de la grâce ; et principalement par l’aspect continuel de la face de leur Père qui est dans les cieux !

4. Quel degré de sainteté, aussi bien que de sagesse, n’ont-ils pas acquis de cet océan insondable, abîme infini et impénétrable, sans fonds et sans rives ! Conséquemment n’est-ce pas à juste titre qu’ils sont appelés de saints anges ? Quelle bonté, quelle philanthropie, quel amour pour les hommes n’ont-ils pas puisé dans ces ruisseaux qui son à sa droite ! Amour, tel qu’il est impossible d’en concevoir un qui le surpasse, si ce n’est celui de Dieu notre Sauveur. Et ils puisent encore maintenant une affection de plus en plus vive à cette source d’eaux vives.

5. Telles sont la connaissance et la sagesse des anges de Dieu, ainsi que nous le voyons dans les saintes Écritures ; telles sont aussi leur sainteté et leur bonté. Et combien étonnante n’est pas leur force ! Même un ange déchu est nommé par un auteur inspiré, ‘prince du pouvoir de l’air’. Quelle terrible preuve de son pouvoir ne donna-t-il pas, en faisant naître subitement un grand vent, qui ‘donna contre les quatre coins de la maison’ et fit périr tous les enfants de Job à la fois ! Il est facile de voir que c’était là son propre ouvrage, par le commandement qui lui fut donné, de ne point mettre la main sur Job. Mais il donna une preuve encore bien plus terrible de son pouvoir (si nous supposons que ce ‘messager de Dieu’, ait été un mauvais ange, comme cela est assez probable) lorsqu’il frappa de mort cent quatre-vingt-cinq mille Assyriens dans une seule nuit, peut-être même dans une heure, sinon dans un moment. Un pouvoir infiniment plus grand encore que celui-là doit avoir été mis en œuvre par cet ange (le texte ne dit pas si c’était un ange de lumière ou un ange de ténèbres), qui frappa de mort, en une seule heure, ‘tous les premiers nés de l’Égypte, tant des hommes que des animaux.’ Car, si l’on considère l’étendue du territoire de l’Égypte, son immense population, et les troupeaux innombrables nourris dans les demeures des habitants et paissant dans leurs prairies fertiles, les hommes et les animaux qui ont été frappés dans cette nuit, doivent s’être élevés à plusieurs millions. Et si l’on suppose que ç’ait été un mauvais ange, un bon ne serait-il pas aussi puissant, même plus puissant que celui-là ? Certes, un bon ange doit avoir plus de pouvoir qu’un archange même, qui est déchu. Quel pouvoir ne doivent pas avoir les ‘quatre anges’ de la révélation, qui étaient chargés de garder ‘les quatre vents du ciel’ ! Il ne paraît donc pas extravagant de supposer que, si telle était la volonté de Dieu, quelques-uns des anges de lumière pourraient faire sortir la terre et toutes les planètes de leurs orbites, et qu’il se servirait même de tous ces moyens pour anéantir tout le système de la nature. En effet, nous ne saurions mettre des bornes au pouvoir de ces premiers-nés de Dieu.

6. Et quoiqu’il n’y ait que leur grand Créateur qui soit présent partout, quoique personne autre que lui ne puisse demander : ‘Ne remplis-je pas les cieux et la terre ?’ il n’y a cependant pas le moindre doute qu’il n’ait donné à ces esprits une immense sphère d’activité (quoique limitée). ‘Le prince du royaume de Perse’, (dont il est parlé dans Dan. 10 :13) quoique probablement il n’ait été qu’un mauvais ange, semble avoir eu en partage une sphère d’activité, de science et de pouvoir, aussi étendue que ce vaste empire ; et nous pouvons en attribuer une semblable, sinon une plus étendue encore, au bon ange auquel le premier résista pendant vingt-un jours.

7. Les anges de Dieu ont surtout un très-grand pouvoir sur le corps de l’homme ; celui d’occasionner ou de faire cesser les douleurs et les maladies ; de faire mourir ou de rétablir la santé. Ils connaissent parfaitement ce dont nous sommes faits, ainsi que tous les ressorts de cette belle machine ; et ils peuvent, sans aucun doute, avec la permission de Dieu, en toucher un, en arrêter ou rétablir le mouvement. Nous avons un exemple bien frappant de ce pouvoir, même chez un mauvais ange, dans l’histoire de Job, qu’il ‘frappa d’un ulcère malin’, partout le corps, ‘depuis la plante de son pied jusqu’au sommet de la tête.’ Et dans ce même moment, il l’aurait probablement tué, si Dieu ne lui avait pas sauvé la vie. Et d’un autre côté, concernant le pouvoir qu’ont les anges de rétablir la santé, nous en avons un exemple remarquable dans l’histoire de Daniel. ‘Il n’est resté en moi aucune vigueur’, dit le prophète, ‘et mon souffle n’est point demeuré en moi. Alors celui qui ressemblait à un homme’ vint à moi et ‘me toucha, et me dit : paix soit avec toi, fortifie-toi, fortifie-toi, dis-je. Et comme il parlait avec moi, je me fortifiai.’ En outre, lorsqu’ils sont envoyés d’en Haut, ne pourraient-ils pas mettre un terme à la vie de l’homme ? Il n’y a rien d’invraisemblable dans ce que le docteur Parnell suppose que l’ange ait dit à l’ermite, concernant la mort de l’enfant : « Tous s’aperçurent que ses attaques redoublèrent : toi seul tu ne t’en aperçus pas ; et je fus chargé de frapper le coup. » C’est de cette vérité importante, sans doute que les poètes païens tirèrent leurs fictions, prétendant qu’Iris était envoyée du ciel pour débarrasser les âmes de leurs corps. Peut-être doit-on attribuer encore au ministère d’un ange, la mort subite de plusieurs enfants de Dieu.


II. Les anges de Dieu ont un titre aussi élevé, à cause de leurs fonctions éminentes. Il nous reste à voir comment ils s’acquittent de ces fonctions. De quelle manière en agissent-ils envers les héritiers du salut ?

1. Je ne veux pas dire qu’ils ne servent nullement ceux qui, par leur obstination à persévérer dans leur impénitence et par leur incrédulité, se rendent indignes du royaume de Dieu. Ce monde est un monde de miséricorde, sur lequel Dieu répand ses grâces, même sur les hommes méchants et ingrats ; et beaucoup de celles-ci leur sont probablement transmises par le ministère des anges ; surtout pendant qu’ils ont encore quelque sentiment de la divinité, ou quelque crainte de Dieu devant les yeux. Mais leur emploi favori, leurs fonctions principales, sont de servir les héritiers du salut ; ceux qui sont maintenant ‘sauvés par la foi’, ou qui, du moins, recherchent Dieu avec sincérité.

2. Leur soin principal n’est-il pas de servir nos âmes ? Mais nous ne devons pas nous attendre à ce que cela ait lieu d’une manière visible, tellement que nous puissions clairement distinguer leur action de celle de notre propre volonté. Nous n’avons pas plus de motif de nous attendre à ce que cela ait lieu que nous en avons de les voir sous une forme visible. Néanmoins, ils peuvent, sans cela, se rendre sensibles, de mille manières, à notre intelligence. Ils peuvent nous aider dans la recherche de la vérité, dissiper beaucoup de doutes et de difficultés, répandre la lumière sur ce qui, auparavant, nous paraissait diffus et obscur, et nous établir dans la vérité qui est selon la piété. Ils peuvent nous prémunir contre les maux cachés ; et mettre au grand jour tout ce qu’il y a de bon. Ils peuvent exciter notre désir de nous adonner au bien, et de fuir le mal. En bien des circonstances, ils peuvent détruire nos tristes penchants, augmenter nos pieuses espérances ou notre crainte filiale et nous porter à aimer plus vivement Celui qui nous a aimés le premier. Ils peuvent même être envoyés par Dieu, pour répondre à cette prière, que nous fait prononcer le pieux évêque Ken : « Que tes saints anges se tiennent près de mon lit et me protègent par leurs veilles protectrices pendant mon sommeil ; que leur amour pur me soit .communiqué ; qu’ils m’instruisent sans cesse des joies célestes, et s’entretiennent avec moi avec une intime familiarité ! » Quelle que soit la manière dont cela s’opère, nous ne pourrons jamais nous en rendre compte, aussi longtemps que notre âme habite cette tente mortelle.

3. Ne pourraient-ils pas aussi nous servir de mille manières, relativement à nos corps, qu’il nous est impossible de concevoir maintenant ? Ils peuvent nous empêcher de tomber dans bien des dangers, dont nous ne nous apercevons pas ; et ils peuvent nous arracher à beaucoup d’autres, quoique nous ignorions d’où nous vient cette délivrance. Combien souvent n’avons-nous pas été délivrés, d’une manière tout-à-fait étrange et étonnante, de chutes subites et dangereuses ! Et il est à craindre que nous n’ayons alors attribué notre préservation au hasard, à notre propre sagesse, ou à noire force. Non ; qu’il n’en soit plus ainsi : Dieu seul a chargé ses anges de veiller sur nous et de nous protéger. Certes, les gens du monde imputent toujours de telles délivrances au hasard, ou à des causes secondaires. C’est à celles-ci, sans doute, que plusieurs de ces personnes ont attribué la conservation de Daniel dans la fosse aux lions. Mais lui-même il l’attribue à la cause véritable : ‘Mon Dieu a envoyé son ange, et a fermé la gueule des lions.’ (Dan. 6 :22)

4. Lorsque nous sommes complètement et subitement guéris d’une maladie grave, supposée incurable, il n’est nullement impossible que cela se soit opéré par le ministère d’un ange. Et peut-être est-ce à cette même cause qu’il faut attribuer, qu’un remède ait été tout-à-coup suggéré à une personne malade, ou à celle chargée d’en prendre soin, au moyen duquel elle a totalement recouvré la santé.

5. Il semble que les songes, communément appelés songes divins, doivent fréquemment être attribués aux anges. Nous en avons un exemple frappant, rapporté par un homme que l’on pourrait difficilement taxer d’enthousiasme ; car il était païen, philosophe et empereur : je veux parler de Marc-Antoine. « Dans ses méditations, il remercie solennellement Dieu de ce qu’il lui avait révélé, en songe, tandis qu’il se trouvait à Cajeta, un remède qui le guérit radicalement d’un flux de sang, qu’aucun de ses médecins n’avait pu guérir. » Et pourquoi ne supposerions-nous pas que Dieu lui indiqua ce remède par l’entremise d’un ange ?

6. Combien souvent aussi Dieu ne nous délivre-t-il pas des méchants, par le ministère de ses anges ! en détournant ce que leur rage, leur malice ou leur ruse avait tramé contre nous ! Ceux-ci se tiennent près de leur lit ; ils suivent leurs pas, et observent en secret tous leurs mauvais desseins ; et il est probable qu’ils en ont fait échouer plusieurs, par des moyens auxquels nous ne songions seulement pas. Tantôt ils détruisent leurs beaux projets dès le principe ; tantôt ils ne le font que lorsqu’ils sont sur le point d’être mis à exécution. Or ils peuvent faire cela de mille manières différentes, dont nous ne nous doutons nullement. Ils peuvent arrêter les méchants au milieu de leur course, en les privant de courage et de force ; en affaiblissant leurs membres, ou en changeant leur sagesse en folie. Quelquefois ils exposent au grand jour les choses ensevelies dans l’obscurité la plus profonde, et nous découvrent les pièges qui ont été tendus sous nos pas. Par ces moyens et beaucoup d’autres encore, ils mettent à néant les embûches des impies.

7. Un autre point très-essentiel de leur ministère, c’est de contrecarrer les desseins des mauvais anges, lesquels rôdent constamment autour de nous, non-seulement comme des lions rugissants, cherchant qui ils pourront dévorer ; mais qui, comme anges de lumière, sont plus dangereux encore, cherchant qui ils pourront tromper. Combien grand n’est pas le nombre de ceux-ci ! Ils sont aussi nombreux que les étoiles du ciel. Combien grande est leur ruse, mûrie par une expérience de plus de six mille ans ! Que leur pouvoir est étendu ! car il ne le cède qu’à celui des anges de Dieu. Les plus forts des enfants des hommes ne sont que comme des sauterelles, comparativement à eux. Et quel avantage n’ont-ils pas sur nous par cette seule circonstance, qu’ils sont invisibles ! De même que nous n’avons pas le pouvoir de repousser leur force, nous n’avons pas non plus assez de présence d’esprit pour l’éluder. Mais le Seigneur miséricordieux ne nous a pas abandonnés à la volonté de nos ennemis : ‘Ses yeux’, c’est-à-dire ses saints anges, ‘vont et viennent par toute la terre’. Et si nous avions assez de perspicacité, nous verrions ‘que le nombre de ceux qui sont pour nous est plus grand que le nombre de ceux qui sont contre nous.’ Nous verrions que beaucoup d’entre eux prennent soin de nous, et qu’ils veillent sur nous comme des amis invisibles. Et toutes les fois que les mauvais anges assaillent nos âmes et nos corps, les bons ont le pouvoir et la volonté de nous défendre ; ceux-ci sont pour le moins aussi puissants, aussi sages et aussi vigilants que les autres. Et qui pourrait nous nuire, lorsque nous avons des légions d’anges et le Dieu des anges à nos côtés ?

8. Nous devons faire une observation générale, c’est que, quel que soit le secours que Dieu accorde aux hommes au moyen d’autres hommes, il leur accorde ce même secours, et souvent à un plus haut degré, par l’entremise des anges. Est-ce par le moyen des hommes qu’il nous accorde la lumière, lorsque nous sommes dans les ténèbres ; la joie, lorsque nous sommes dans la tristesse ; la délivrance, lorsque nous nous trouvons dans le danger ; le soulagement et la santé, lorsque nous sommes malades ou que nous souffrons ? On ne peut douter que souvent Il ne nous communique aussi ces diverses faveurs par l’entremise des anges. Il est vrai que cela n’a pas lieu d’une manière aussi sensible pour nous ; mais cela ne s’opère pas moins efficacement, quoique nous ne voyions pas les messagers. Est-ce par l’entremise des hommes qu’il nous délivre souvent de la violence des ruses de nos ennemis ? La plupart du temps il opère ces sortes de délivrances par le moyen de ses agents invisibles : ce sont eux qui arrêtent la fureur des tigres humains, tellement qu’ils ne peuvent plus nous nuire. Souvent aussi ils se joignent à nos amis terrestres (quoique ceux-ci ni nous, ni eux ne puissions nous en apercevoir), leur inspirant de la sagesse, du courage et de la force, sans lesquels tous leurs efforts pour nous aider seraient vains. C’est ainsi qu’ils ‘exercent’ en secret ‘leur ministère en faveur de ceux qui doivent avoir l’héritage du salut’, et ce dans un grand nombre de circonstances, quoique nous n’entendions que la voix des hommes, et que nous ne voyions que des hommes autour de nous.

9. Mais l’Écriture sainte ne dit-elle pas : ‘Tout secours qui est accordé aux hommes ici-bas, vient de Dieu lui-même’ ? Certainement il vient de Dieu ; et il peut nous l’accorder immédiatement par sa seule puissance. Il n’a pas besoin de se servir de quelque agent intermédiaire, ni dans le ciel, ni sur la terre. Il n’a besoin ni des anges ni des hommes, pour exécuter ce qu’il juge à propos de faire. Cependant il ne Lui plaît pas d’en agir ainsi : Il ne le fit jamais, et nous pouvons avec raison supposer qu’il ne le fera pas non plus par la suite. Toujours, dans ses œuvres, Il s’est servi de tels agents qu’il lui a plu ; mais il n’en est pas moins vrai que c’est Dieu lui-même qui fait ces œuvres. C’est pourquoi, quelque secours que nous recevions, soit des anges, soit des hommes, ce n’est pas moins l’œuvre de Dieu que s’il étendait son bras puissant et qu’il agît sans intermédiaire aucun ; néanmoins il s’en est servi dès le commencement du monde, et dans tous les siècles il a fait usage du ministère des hommes et des anges. C’est par là principalement que se remarque ‘la sagesse in finie de Dieu dans l’Église’ ; cependant la même gloire rejaillit sur lui, comme s’il ne s’était servi d’aucun agent.

10. La principale raison pour laquelle il plaît à Dieu de venir au secours des hommes, par le moyen d’autres hommes, plutôt qu’immédiatement par lui-même, c’est sans doute afin de nous porter, au moyen de ces services réciproques, à nous aimer les uns les autres, et afin d’augmenter notre bonheur pour le temps et pour l’éternité. N’est-ce pas aussi pour la même raison qu’il plaît à Dieu de charger ses anges de veiller sur nous ? C’est-à-dire, afin de nous exciter mutuellement, nous et eux, à nous aimer les uns les autres ; afin que, par l’accroissement de notre attachement et de notre reconnaissance pour eux, nous éprouvions une augmentation proportionnelle de bonheur, lorsque nous nous rencontrerons dans le royaume de Dieu. En même temps, quoique nous ne devions pas les adorer (l’adoration n’est due qu’à notre Père commun), cependant nous pouvons ‘les estimer d’un très-haut degré, par amour pour leurs œuvres’. Nous pouvons également les imiter dans leur sainteté, en conformant notre vie à la prière que Notre Seigneur lui-même nous a enseignée, en cherchant à faire sa volonté sur la terre, comme les anges la font dans le ciel.
Je ne saurais mieux terminer ce discours que par ce beau passage de la Liturgie de notre Église :
« O Dieu de toute éternité ! Toi qui as établi et ordonné d’une manière si étonnante, les services que les anges et les hommes se doivent mutuellement, fais que, tout comme tes saints anges te servent constamment dans le ciel, ils nous aident et nous défendent sur la terre, par Jésus-Christ notre Seigneur. »