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Des mauvais anges

No. 72 – Des mauvais anges
Éphésiens 6,12
1783

Tous droits réservés.
Édition numérique © cmft, octobre 2017



« Car ce n’est pas seulement contre la chair et le sang que nous avons à combattre, mais c’est contre les principautés, contre les puissances, contre les princes des ténèbres de ce siècle, contre les esprits malins qui sont dans les airs. » (Éphésiens 6,12)


1. On a souvent fait la remarque qu’il n’y a ni lacune ni vide dans les œuvres de Dieu, mais que tonte les parties de la création sont unies d’une manière admirable, pour ne faire qu’un tout universel. Il existe conséquemment une suite d’êtres, depuis le degré le plus bas jusqu’au plus élevé, depuis une particule non organisée de terre ou d’eau jusqu’à l’archange Michel. Et l’échelle des créatures ne monte pas par sauts, mais par degrés doux et modérés : ces degrés sont à la vérité souvent imperceptibles pour nos facultés imparfaites. Il nous est impossible de tracer exactement beaucoup de chaînons intermédiaires de cette chaîne étonnante, lesquels sont beaucoup trop fins pour pouvoir être aperçus, soit par nos sens soit par notre raison.

2. Ce n’est que d’une manière grossière et générale que nous pouvons les voir s’élever les uns au-dessus des autres ; d’abord, la terre non organisée, ensuite, les minéraux et les végétaux, selon leurs différents ordres, et enfin, les insectes, les reptiles, les poissons, les bestiaux, les hommes et les anges. Quant aux anges, nous n’en avons quelques notions que par la révélation ; les rapports qui nous en ont été faits par les plus sages d’entre les anciens, ou par les païens modernes, n’étant que des fables insignifiantes et contradictoires, trop grossières pour que l’on puisse même les faire accroire aux enfants. Mais la révélation divine nous informe qu’ils avaient tous été créés saints et heureux ; qu’ils n’ont pas cependant persévéré dans leur état primitif ; que quelques-uns s’y sont maintenus, et que d’autres l’ont abandonné. Ceux-là sont maintenant de bons anges, ceux-ci sont mauvais. Je me suis occupé des premiers dans mon précédent discours : je me propose aujourd’hui de parler des derniers. Il nous est indispensable de bien comprendre ce que Dieu nous a révélé à leur sujet ; afin que, par notre ignorance, nous ne leur donnions aucun avantage sur nous, et que nous sachions comment nous pouvons les combattre le plus efficacement : ‘Car ce n’est pas seulement contre la chair et le sang que nous avons à combattre, mais c’est contre les principautés, contre les puissances, contre les princes des ténèbres de ce siècle, contre les esprits malins qui sont dans les airs.’

3. Ce seul passage semble renfermer toute la doctrine de l’Écriture sainte concernant les mauvais anges. Je pense que, littéralement traduit, la signification la plus claire en est : « notre combat », le combat des vrais chrétiens, « ne doit pas se borner » seulement ou principalement, « à la chair et au sang, » contre des hommes faibles, ou contre des passions et des goûts charnels, « mais il doit aussi avoir lieu contre les principautés, contre les puissances », les princes puissants des régions infernales et leurs forces réunies : et leur pouvoir, de même que celui des légions qu’ils commandent, s’étend très-loin, « contre les gouverneurs de ce monde » (tel est le sens littéral du texte). Peut-être le pouvoir de ces principautés, de ces puissances, ne s’étend-il guère au-delà des limites de leur royaume. Mais il y a d’autres esprits malins qui rôdent au-dehors, auxquels les provinces de la terre sont assujetties, esprits des ténèbres, surtout des ténèbres spirituelles de ce siècle, qui prévalent dans le présent état des choses ; contre les esprits malins, éminemment tels, qui haïssent mortellement et constamment la sainteté qui leur est opposée, et lâchent d’inspirer l’incrédulité, l’orgueil, les mauvais désirs, la malice, la colère, la haine, l’envie et la vengeance, dans les lieux célestes ; qui étaient autrefois, leur demeure, et après lesquels ils aspirent toujours encore.
En traitant ce sujet important, je m’efforcerai d’expliquer,
I. La nature et les propriétés des mauvais anges ; et
II. Leur occupation.


I. 1. Quant au premier point, nous ne pouvons douter que tous les anges de Dieu étaient primitivement de la même nature. Ils constituaient, sans aucun doute, l’ordre le plus élevé des êtres créés. C’étaient des esprits, des créatures purement éthérées, innocentes et incorruptibles ; s’ils n’étaient pas entièrement immatériels, ils n’avaient certainement pas notre enveloppe terrestre, composée de chair et de sang. Comme esprits, ils étaient pourvus d’intelligence, d’affections et de liberté, ou du pouvoir de prendre tel ou tel parti ; de sorte qu’il dépendait entièrement d’eux de persévérer dans leur fidélité à Dieu, ou de se rebeller contre lui.

2. Leurs propriétés primitives étaient sans doute les mêmes que celles des saints anges, et il n’y aurait pas la moindre absurdité de supposer que Satan, leur chef, appelé aussi ‘Lucifer, fils du matin’, eût été au moins l’un ‘des principaux bons anges, sinon le premier des archanges’. Semblables aux autres enfants du matin, ils possédaient une intelligence supérieure et profonde, à laquelle nous ne comprenons absolument rien. Ils étaient par conséquent doués de connaissances si étendues et d’une sagesse telle, que les enfants des hommes les plus sages (si les hommes avaient existé alors) n’eussent été que de grands ignorants comparativement à eux. Leur force était égale à leur intelligence et telle que nous ne saurions la concevoir ; nous ne pouvons pas comprendre davantage jusqu’où s’étendait la sphère d’action de leur force ou de leur intelligence. Dieu seul connaît leur nombre : probablement qu’il approchait de l’infini. Or, l’ange rebelle entraîna à sa suite le tiers de ces étoiles du ciel.

3. Nous ne savons pas précisément (les oracles divins ne nous l’ayant pas révélé) quel était le motif de leur apostasie, ni quel effet elle produisit immédiatement sur eux. Quelques personnes ont supposé, non sans raison, que lorsque Dieu publia le décret dont il est fait mention au Psaume 2 :6 et 7, concernant le royaume de son unique Fils, qui devait être au-dessus de toutes les autres créatures, ces premiers-nés des êtres créés s’abandonnèrent à l’orgueil, en se comparant à lui; ce que ferait supposer le nom de Satan, Lucifer ou Michel, qui signifie : ‘Qui est semblable à Dieu ?’ Il est possible que Satan, cédant alors à la tentation, dit en lui-même : « Moi aussi je veux avoir mon trône : ‘je m’assoirai du côté du nord ; je serai semblable au Tout-Puissant. »’ Mais quelle chute profonde n’ont pas alors faite ceux qui étaient les plus élevés ! quelle perte importante n’ont-ils pas eu à supporter ! Si nous leur accordons à tous ce qu’un poète suppose relativement à leur chef en particulier : « sa forme n’avait pas encore perdu son éclat primitif, ni ne paraissait inférieure à celle d’un archange déchu ; elle obscurcissait même la beauté la plus ravissante ; » si nous supposons que leur forme extérieure n’était pas encore totalement changée (quoiqu’il dût en être ainsi à bien des égards, vu que les mauvaises dispositions de l’esprit effacent la beauté de la ligure), cependant quel changement surprenant ne dut pas avoir lieu, lorsque les anges devinrent des démons ! lorsque les plus saintes créatures de Dieu devinrent les plus impures !

4. Dès le moment où ils cessèrent d’être fidèles à Dieu, ils renoncèrent à toute bonté, et contractèrent ces mauvaises habitudes qu’il hait le plus et qui sont le plus opposées à sa nature. Depuis lors ils sont remplis d’orgueil, d’arrogance, de fierté, et cherchent à s’élever outre mesure. Quoiqu’ils soient si profondément dépravés dans leur intérieur, ils ne discontinuent cependant pas d’admirer leurs perfections. Ils sont remplis d’envie, sinon envers Dieu lui-même (ce qui ne serait pas impossible, puisque l’on voit que précédemment ils aspirèrent à son trône), néanmoins envers leurs semblables ; envers les anges de Dieu, qui jouissent encore de la félicité céleste dont les premiers sont déchus, et encore bien plus envers ces vers de terre qui sont appelés maintenant ‘à hériter le royaume de Dieu’. Ils sont remplis de cruauté et de rage envers les enfants des hommes, auxquels ils tâchent d’inspirer la corruption dont ils sont imbus eux-mêmes, et qu’ils cherchent à entraîner dans la même misère.

5. Ils mettent toute l’activité possible-à exécuter cet infernal dessein : afin de découvrir les moyens les plus efficaces pour le mettre à exécution, ils font usage de tout le pouvoir de leur intelligence angélique, et ils emploient à cet effet toute la force qui leur est propre, du moins autant qu’il plaît à Dieu de le leur permettre. Mais il est fort heureux pour le genre humain que Dieu leur ait mis des bornes, qu’ils ne peuvent franchir. Il a dit aux plus cruels et aux plus forts d’entre les esprits apostats : ‘Tu iras jusque-là et pas plus loin.’ Sans cela avec quelle facilité l’un d’eux n’eût-il pas bouleversé tout le système de la nature ! Combien facilement n’envelopperaient-ils pas le tout dans leur propre ruine, ou, au-moins, ne feraient-ils pas disparaître l’homme de la surface du globe ! Ils sont infatigables dans leurs mauvais projets : jamais ils ne se découragent ni ne se relâchent. Il semble, en effet, qu’il n’y a que les esprits entourés de chair et de sang qui soient susceptibles de fatigue.

6. L’Écriture sainte nous rapporte encore une autre circonstance concernant les mauvais anges ; c’est que jamais ils ne se séparent, mais qu’ils demeurent tous réunis sous un chef commun. Celui-ci a été appelé par notre divin Maître, ‘le prince de ce monde’ ; l’apôtre ne se fait même aucun scrupule de l’appeler le dieu de ce monde. Il est souvent désigné sous le nom de Satan, l’adversaire ; parce qu’en effet il est le grand adversaire de Dieu et de l’homme. Il est aussi appelé le diable, expression plus élevée, apollyon ou le destructeur, le vieux serpent, parce qu’il a trompé Ève sous cette forme, et l’ange de l’abîme ; Nous avons quelque raison de croire que les autres mauvais anges étaient sous ses ordres ; qu’ils sont classés par lui selon leurs divers caractères ; qu’ils sont désignés pour leurs différents rangs, et que de temps en temps leurs diverses occupations et leurs différents emplois leur sont assignés. Et il n’y a aucun doute, qu’ils sont unis (quoique nous ne sachions pas de quelle manière, mais il est certain que ce n’est pas par l’amour), non-seulement à lui, mais aussi les uns aux autres.


II. Quelle est l’occupation des mauvais anges ? C’est le second point que nous allons considérer.

1. Ils sont (souvenez-vous que ce n’est qu’autant que Dieu le leur permet) ‘les gouverneurs du monde’. De sorte que Satan peut avoir eu bien plus de raison que nous ne saurions nous l’imaginer de se servir de cette étrange expression (Matth. 4 :8 et 9) lorsqu’il montra à notre Seigneur ‘tous les royaumes du monde, et leur gloire : je te donnerai toutes ces choses, si en te prosternant, tu m’adores.’ Cette idée est plus particulièrement exprimée dans le quatrième chapitre de St. Luc : ‘le diable lui fit voir en un moment tous les royaumes du monde.’ (Le prince des ténèbres possède encore un degré de pouvoir si étonnant !) Et ‘le diable lui dit : je te donnerai toute la puissance de ces royaumes et leur gloire ; car elle m’a été donnée, et je la donne à qui je veux.’ (v. 5 et 6). Ils sont ‘les gouverneurs de l’obscurité de ce siècle’ (ces mots sont traduits littéralement), de l’état présent des choses, durant lequel le monde entier est plongé dans le mal.’ Satan est l’élément des enfants des hommes, à l’exception, de ceux-là seulement qui craignent Dieu. Lui et ses anges, attachés à lui et soumis à ses ordres, disposent à leur gré de toute l’ignorance, de toutes les erreurs, de toute la folie et principalement de toute la méchanceté des hommes ; et ce, de manière à entraver le plus possible le royaume.de Dieu, et à avancer au contraire, le royaume des ténèbres.

2. « Mais chaque homme, en particulier, a-t-il un mauvais ange, de même qu’un bon ange, qui veille sur lui ? » On a eu cette opinion dans les temps les plus reculés, tant parmi les chrétiens que parmi les juifs avant eux ; mais il est très douteux qu’elle puisse être suffisamment prouvée par l’Écriture. Il est vrai que l’on pourrait supposer que chaque homme en particulier est accompagné d’un mauvais ange, si nous pouvions être convaincus qu’il l’est du bon. Mais cela ne saurait être inféré de ces paroles de notre Seigneur concernant les petits enfants : ‘Dans le ciel leurs anges contemplent continuellement la face de leur père qui est aux cieux.’ Cela prouve seulement qu’il y a des anges qui sont chargés de prendre .soin des petits enfants ; mais nullement qu’il y a un ange particulier assigné à chaque enfant. Cela n’est pas prouvé davantage par les paroles de Rhode, qui, entendant la voix de Pierre, dit : ‘C’est son ange.’ Nous ne pouvons pas non plus inférer de là, ni même supposer, que son ange signifie son ange gardien ; mais seulement que Rhode avait foi à la doctrine des anges gardiens, laquelle était alors très répandue parmi les juifs. Toujours est-il certain que la question de savoir si chaque homme en particulier est dirigé par un bon ou par un mauvais ange, demeure très-contestable, attendu que la révélation ne dit absolument rien à cet égard.

3. Mais, soit que les hommes aient ou non de mauvais esprits particuliers pour les gouverner, nous savons que Satan et tous ses anges nous font constamment la guerre, et qu’ils épient tout enfant des hommes. Toujours ils font attention à ceux dont les circonstances extérieures ou intérieures, la prospérité ou l’adversité, la santé ou la maladie, les amis ou les ennemis, la jeunesse ou la vieillesse, les connaissances ou l’ignorance, l’aveuglement ou la frivolité, la joie ou le chagrin, sont de nature à les exposer à quelque tentation ; et ils sont toujours prêts à profiter autant que possible de la moindre circonstance. Ces adversaires habiles observent la plus petite faute que nous commettons, et ils s’empressent d’en tirer parti ; de même ils se tiennent ‘autour de notre lit, ils suivent nos pas et épient toutes nos démarches’. Certes, chacun d’eux ‘rôde autour de nous comme un lion rugissant, cherchant qui il pourra dévorer’, ou qui il pourra ‘tromper par la ruse, comme le serpent trompa Ève. Oui, et afin de pouvoir le faire plus facilement, ils se transforment en anges de lumière. Aussi exercent-ils leur subtilité diabolique avec une rage persévérante, ces ennemis furieux et malicieux, ces esprits célestes précipités de leurs trônes !

4. C’est surtout par de tels instruments que les cœurs insensés de ceux qui ne connaissent pas Dieu, sont obscurcis : il arrive même souvent que les cœurs de ceux qui connaissent Dieu en sont, jusqu’à un certain degré, obscurcis. ‘Le dieu de ce monde’ connaît les moyens d’aveugler nos cœurs, de répandre un nuage sur notre intelligence et d’éteindre la lumière de ces vérités, lesquelles, en d’autres circonstances, ont un éclat aussi brillant que le soleil en plein midi. C’est ainsi qu’il attaque notre foi et notre confiance aux choses que nous ne voyons pas. Il cherche à affaiblir l’espoir que nous avons de l’immortalité et dont Dieu nous avait rendus participants; et à diminuer, sinon à détruire entièrement, la joie que nous trouvons en Dieu notre Sauveur. Mais il s’efforce surtout d’éteindre notre amour pour Dieu, parce qu’il sait que cet amour est le fondement de toute notre religion, et que, selon qu’il augmente ou diminue, l’œuvre de Dieu avance ou dépérit dans l’âme.

5. Après l’amour de Dieu, il n’est rien que Satan abhorre plus sincèrement que l’amour du prochain. Aussi emploie-t-il tous les moyens en son pouvoir pour l’entraver ou le détruire : pour exciter des soupçons, de l’animosité, du ressentiment et des querelles, soit privées, soit publiques ; pour détruire la paix des familles ou des nations, et pour bannir l’union et la concorde de la terre. En effet, le triomphe de sa ruse consiste surtout à aigrir les pauvres et misérables enfants des hommes les uns contre les autres, et à les exciter enfin à sa propre œuvre : à se précipiter les uns les autres dans l’abîme de la destruction.

6. Cet ennemi de toute justice n’est pas moins empressé d’empocher toute bonne parole ou toute bonne œuvre. S’il ne peut pas nous pousser à faire le mal, il nous empêchera néanmoins, autant que possible, de faire le bien. Il s’efforce surtout de faire en sorte que l’œuvre de Dieu ne se répande pas dans le cœur des hommes. Quelle peine ne se donne-t-il pas pour entraver ou empêcher l’œuvre générale de Dieu ! et combien nombreux ne sont pas ses artifices pour arrêter ses progrès dans les âmes particulières des hommes ! pour empêcher que leur état de grâce ne continue ou n’augmente, et que la connaissance de notre Seigneur Jésus-Christ n’aille en augmentant ! pour affaiblir, sinon détruire cet amour, cette joie, cette paix, cette patience, cette douceur, cette bonté, cette fidélité, cette modestie, cette tempérance, qui constituent l’essence de la vraie religion que notre Seigneur produit par son Esprit.

7. Pour parcourir à ces fins, il cherche constamment, au moyen de toute sa ruse et de tout son pouvoir, à faire naître de mauvaises pensées de toute espèce dans les cœurs des hommes. Et, certes, il est tout aussi aisé à un esprit de parler à notre cœur, qu’il l’est à un homme de se faire entendre à nos oreilles. Mais il est quelquefois très difficile de distinguer ces pensées de celles qui nous sont particulières, vu que celles qu’il nous inspire ont une ressemblance parfaite avec celles qui s’élèvent naturellement dans nos cœurs. Cependant il nous est parfois possible de distinguer les unes des autres, si nous faisons attention à cette circonstance : Les pensées qui s’élèvent naturellement dans nos cœurs, sont généralement, si pas toujours, occasionnées par quelque circonstance intérieure ou extérieure qui les a précédées ; tandis que celles qui nous sont suggérées d’une manière surnaturelle n’ont souvent aucun rapport ni aucune liaison (du moins aucune que nous puissions apercevoir) avec quelque circonstance antérieure ; bien loin de là, elles nous viennent inopinément, et comme malgré nous; ce qui nous montre qu’elles ont une origine différente.

8. Il cherche également à faire naître au-dedans de nous de mauvaises passions ou de mauvais penchants. Il tâche de nous inspirer ces passions ou ces penchants qui sont directement opposés au ‘fruit de l’Esprit’. Il s’efforce de produire en nous l’incrédulité, l’athéisme, l’aversion, la dureté, la haine, la malice, l’envie, opposés à la foi et à l’amour; la crainte, le chagrin, l’anxiété, les soucis mondains, contraires à la paix et à la joie ; l’impatience, le mauvais naturel, la colère, le ressentiment, opposés à la patience, à la douceur, à la modestie; la fraude, la fourberie, la dissimulation, contraires à la fidélité ; l’amour du monde, les affections déréglées, les désirs insensés, opposés à l’amour de Dieu. Il fait probablement naître ou il excite en nous quelque mauvais désirs, par l’attouchement des ressorts de notre machine animale : s’efforçant ainsi, par le moyen du corps de troubler ou de souiller l’âme.

9. Nous pouvons faire observer, en général, que de même que rien de bon n’est fait, dit ou pensé par qui que ce soit, sans le secours de Dieu, qui agit dans ceux et avec ceux qui croient en Lui ; de même aussi rien de mal n’est fait, dit ou pensé sans l’assistance du diable, ‘lequel agit énergiquement et avec force’, quoique son pouvoir soit caché, dans les enfants de rébellion. C’est ainsi qu’il ‘entra dans Judas’, et le fortifia dans le dessein qu’il avait conçu de tromper son Maître ; c’est ainsi qu’il mit dans les cœurs d’Ananias et de Saphira ‘de mentir au Saint-Esprit’ ; et c’est ainsi encore qu’il a une part dans toutes les actions, les paroles et les projets des hommes corrompus. De même que les enfants de Dieu sont des ouvriers avec Dieu en toute bonne pensée, en toute bonne parole et en toute bonne action, de même les enfants de perdition sont des ouvriers avec le diable, en toute mauvaise pensée, parole ou action : de sorte que, comme tous les bons penchants, et par suite, toutes les bonnes paroles et actions, sont le fruit du bon Esprit, de même tous les mauvais penchants, ainsi que les paroles et les actions qui en découlent, sont le fruit du mauvais esprit ; tellement que toutes les ‘œuvres de la chair’, de notre nature corrompue, sont également ‘l’œuvre du malin’.

10. À cause de cela, et parce qu’il excite constamment les hommes à mal faire, il est emphatiquement appelé le tentateur. Ce n’est pas seulement à l’égard de ses propres enfants qu’il s’occupe de la sorte : il tente encore continuellement les enfants de Dieu, ainsi que ceux qui cherchent à le devenir. Il les surveille sans cesse et les épie jour et nuit : jamais il ne sommeille ni ne dort, de peur que sa proie ne lui échappe. En effet, les hommes les plus saints, aussi longtemps qu’ils habitent cette terre, ne sont pas exempts de ses tentations. Ils ne peuvent pas l’espérer, vu qu’il ‘suffit au disciple d’être semblable à son Maître’ ; lequel a été tenté au mal, jusqu’à l’heure où il dit : ‘mon Père, je remets mon esprit entre tes mains !’

11. Car telle est la malice du méchant, qu’il cherche à tourmenter ceux qu’il ne saurait faire périr. S’il ne peut pas pousser les hommes à faire le mal, il veut du moins les tourmenter autant que cela est en son pouvoir. Il ne faut pas douter que, directement ou indirectement, il ne soit l’instrument de la plupart des peines du genre humain, desquelles d’ailleurs ils ne peuvent se rendre un compte exact, et qu’ils attribuent à l’influence des nerfs. De nombreux accidents, comme on a coutume de les appeler, sont certainement dus à son influence, telle qu’une frayeur inexplicable, la chute des chevaux, le renversement des voitures, la rupture ou la dislocation des membres, les blessures occasionnées par la chute ou l’incendie des maisons, les torts causés par les tempêtes et le vent, par la neige, la pluie ou la grêle, par la foudre ou les tremblements de terre. À toutes ces choses, de même qu’à mille autres évènements, cet esprit malin peut donner l’apparence d’accidents, de peur que ceux qui en souffrent, s’ils en connaissaient le moteur réel, n’implorassent le secours de Celui qui est plus puissant que lui.

12. Il n’y a pas non plus lieu de douter que beaucoup de maladies graves ou chroniques, ne soient occasionnées ou aggravées par un agent des enfers, surtout celles qui naissent subitement, sans que nous puissions en découvrir le motif ; de même que celles qui continuent et augmentent graduellement, malgré tout le pouvoir de la médecine. Dans ces cas, en effet, les hommes orgueilleux, qui veulent redevenir sages, appellent les nerfs à leur secours. Mais n’est-ce pas expliquer une chose inconnue par une chose encore plus inconnue ? Car que savons-nous des nerfs eux-mêmes ? Nous ne savons pas seulement s’ils sont massifs ou creux !

13. II y a plusieurs années je demandai à un médecin expérimenté et qui s’était surtout rendu célèbre par la guérison de la frénésie, s’il n’avait pas eu des raisons de croire que plusieurs lunatiques sont réellement démoniaques. Il me répondit : « J’ai été souvent porté à croire que la plupart des lunatiques sont démoniaques. L’objection que l’on fait à cet égard, qu’ils sont fréquemment guéris par la médecine, n’est d’aucun poids ; car il pourrait en être de même de toute autre maladie occasionnée par un mauvais esprit, si Dieu ne permettait pas à celui-ci de réitérer le coup par lequel la maladie est causée. »

14. Cette opinion nous ouvre une carrière plus étendue. Qui pourrait dire combien de ces maladies que nous attribuons à des causes naturelles, sont vraiment surnaturelles ? Quel dérangement dans la structure humaine un mauvais ange ne pourrait-il pas nous infliger ? Ne peut-il pas nous frapper, de même qu’il frappa Job, et ce dans un instant, d’ulcères depuis le sommet de la tête jusqu’à la plante des pieds ? Ne peut-il pas nous infliger tout aussi aisément quelque autre maladie, soit extérieure soit intérieure ? Ne pourrait-il pas avec la permission de Dieu, renverser dans un moment l’homme le plus fort, et l’obliger ‘à se rouler par terre en tournant’, avec tous les symptômes de l’épilepsie ou de l’apoplexie ? Il lui est également aisé de frapper un homme quelconque, ou tous les individus d’une ville ou d’un pays, d’une fièvre maligne, ou même de la peste, tellement que tous les secours des hommes seraient inutiles.

15. Mais cette malice aveugle tellement l’homme, qu’il ne peut concevoir qu’un être aussi intelligent veuille s’abaisser jusqu’à tourmenter les misérables enfants des hommes, comme le diable se plaît à le faire quelquefois. Cependant nous pouvons, avec raison, lui imputer beaucoup de petites contrariétés que nous avons à supporter. « Je crois » (dit cet homme excellent, le marquis de Renty, lorsque le banc sur lequel il était assis se rompit sous lui, sans cause visible) « que Satan a pris part à cet événement, pour me faire malicieusement tomber. » Je ne sais s’il ne prend pas également part à cette horreur inexplicable dont beaucoup de personnes sont saisies pendant l’obscurité, au point qu’elles tremblent de tous leurs membres. Peut-être prend-il aussi part à ces rêves effrayants que beaucoup de personnes ont, même pendant qu’elles jouissent d’une parfaite santé.
Il est à remarquer que dans toutes ces circonstances nous avons coutume de dire : « Le diable ! comme s’il n’y en avait qu’un, parce que ces esprits, quelque nombreux qu’ils soient, agissent tous de concert ; et parce que nous ignorons si c’est un seul ou plusieurs qui s’intéressent à telle ou telle œuvre des ténèbres.


[III.] Maintenant il ne nous reste plus qu’à tirer quelques conséquences de la doctrine que nous avons émise.

1. D’abord, revêtez, comme préservatif général contre toute la rage, la puissance et la ruse de votre grand adversaire, toute l’armure divine, la sainteté universelle. Faites en sorte que ‘l’esprit qui était en Christ soit également en vous’, et que vous ‘marchiez comme Jésus a marché’ ; que vous ayez une conscience sans reproche envers Dieu et envers l’homme ; alors vous serez en état de résister à toute la force et à toutes les ruses de votre ennemi ; alors vous pourrez résister pendant les mauvais jours, pendant les jours de la tentation ; ‘après avoir fait votre possible pour vous maintenir dans cet état’, vous persévérerez dans la victoire et le triomphe.

2. À ses traits enflammés, à ses coupables suggestions de toute espèce, soit impures, soit blasphématoires, quoiqu’elles soient aussi nombreuses que les étoiles du ciel, opposez ‘le bouclier de la foi’. Le sentiment de l’amour de Christ les détruira toutes de la manière la plus efficace. — « Puisque Jésus est mort pour vous, qu’est-ce qui pourrait résister à votre foi ? Croyez, tenez fermement votre bouclier, et personne ne pourra vous arracher de ses bras. »

3. S’il vous inspire des doutes sur votre état d’enfants de Dieu, ou s’il vous fait craindre de ne pouvoir résister jusqu’à la fin, ‘revêtez pour cas que l’espérance du salut’. Retenez bien ces belles paroles : ‘Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, lequel, selon ses grâces abondantes, nous a engendrés de nouveau par l’espérance vivante d’un héritage incorruptible, sans tâche, et qui ne se flétrit pas’. Jamais vous ne serez vaincus ni ébranlés par votre adversaire, ‘si vous persévérez avec fermeté dans’ cette ferme ‘confiance jusqu’à la fin’.

4. Lorsque ‘le lion rugissant, rôdant autour de vous et cherchant qui il pourra dévorer’, vous assaille par sa malice, sa rage et sa force, ‘résistez-lui fermement par la foi’. Alors arrivera le moment où, après que vous aurez imploré le Fort pourqu’Il vous accorde la force, vous devez ‘ranimer le don de Dieu qui se trouve en vous’, réunir votre foi, votre espérance et votre amour, retourner l’attaque au nom du Seigneur et en sa force : et le malin ‘fuira bientôt loin de vous’.

5. Mais, dit-on, ‘il n’y a pas de tentation plus grande que celle produite par l’absence de tentation’. Si donc il en est ainsi de vous, si Satan paraît s’être retiré de vous, alors soyez sur vos gardes, de peur qu’il ne vous fasse plus de mal en agissant comme un serpent et qu’il ne pourrait le faire en lion rugissant. Prenez garde alors de ne pas tomber dans un doux sommeil, de peur qu’il ne vous séduise comme il a séduit Ève, même dans l’état d’innocence, qu’il ne vous prive peu à peu de votre simplicité en Christ, et ne vous empêche de chercher votre seul bonheur en Dieu.

6. Enfin, s’il se transforme en ange de lumière, c’est alors que vous êtes le plus en danger ; alors devrez-vous être le plus sur vos gardes, de peur que vous ne tombiez aussi, sachant que beaucoup d’autres, plus puissants que vous, ont été frappés ; alors aurez-vous le plus besoin de ‘veiller et de prier, afin que vous ne soyez pas tentés’. Et si vous persévérez à agir ainsi, le Dieu que vous aimez et servez vous délivrera ; ‘l’onction d’en Haut demeurera sur vous, et vous enseignera toutes choses’ ; votre œil découvrira les embûches ; vous connaîtrez ‘la volonté sainte, agréable et parfaite de Dieu’, et vous poursuivrez votre route, jusqu’à ce que vous ‘vous éleviez en toutes choses, vers celui qui est notre chef, savoir : Jésus-Christ’.